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Ma Philippine et moi

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December 14th, 2006 at 10:39am.

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Dec14

Elle est très docile

Comme je suis radine, je me suis dit que pour tenter d’économiser les 600 dollars singapouriens (293 euros) de l’agence de placements, je pourrais essayer de trouver une Philippine par mes propres moyens.

J’ai donc contacté l’Association des Français de Singapour (AFS), les ai prié de bien vouloir publier ma petite annonce sur leur site et j’ai attendu. Attendu d’abord plusieurs semaines avant que l’annonce ne paraisse sur le site. Attendu ensuite plusieurs semaines pour que quelqu’un se manifeste.

Un matin, je reçois un appel sur mon portable. Comme j’ai pour l’instant une vie sociale proche de zéro (pas de Philippine = pas de vie sociale. Comme l’a dit la dame de l’AFS, “il vous faut une Philippine, sinon vous serez décalée par rapport aux copines!”. Bon, ben si c’est la spécialiste qui le dit, cela doit être vrai), la seule personne qui m’appelle sur mon portable – surtout en parlant français – c’est Super Mari.

Et c’est plutôt une heureuse constatation car je suis une de ces personnes qui n’apprécie pas d’avoir un portable qui sonne toutes les minutes.

Bref, mon téléphone sonne “Mââââââdame G……..??????”, moi: “oui?!”. “Ecoutez, j’ai vu votre annonce sur le site de l’AFS, vous avez déjà trouvé?”. Moi: “non, pas encore“. “Ecoutez, nous avons un problème avec notre Philippine: elle est adorable, très docile (et ce n’est pas toujours le cas d’après ce qu’on entend), elle mange de tout et est soucieuse de bien faire….Mais nous avons trois garçons et elle est trop douce et gentille pour arriver à se faire respecter d’eux. Ma femme et moi avons essayé de faire entendre raison à nos fils mais la situation a dégénéré. On doit s’en séparer. Aujourd’hui. Maintenant. En fait, je suis dans la voiture avec elle, je la ramène à l’agence. Vous voulez qu’on passe chez vous pour vous la présenter?”.

Moi (docile?? mais je rêve, là? il me parle de son caniche ou de son employée?): “Euh oui, c’est à dire maintenant maintenant?”, “oui!, donnez moi votre adresse que je la mette dans le GPS de mon 4/4 de ma voiture, et j’arrive”. Moi “OK. Au revoir Monsieur“.

En fait il aurait dû dire “nous arrivons”. Ils sont arrivés en délégation: le Chef, Madame, le fils aîné morveux, le petit dernier (manquait celui du milieu), et bien sûr… la Philippine.

Quand le DING DONG a retenti, évidemment que c’était le moment où ma petite chérie de 13 mois a décidé de faire un gros c….. C’est toujours un grand bonheur d’avoir le choix d’accueillir des inconnus chez soi avec du c… plein les mains ou avec un bébé qui sent mauvais.

Oh secours oh secours, quand donc aurai-je ma Philippine à moi qui me sauvera de ce genre de galères que je DETESTE.

La pauvre Philippine faisait peine à voir. Elle avait appris le matin même qu’elle était renvoyée. Et pas parce qu’elle avait mal fait son travail, mais parce qu’un petit morveux de 13 ans l’a prise en grippe, a monté ses frères contre elle et la maltraite.

Ne jetons pas la pierre aux parents, on verra comme on fera quand on aura des pré-ados en plein âge bête-et-méchant à la maison.

La Philippine avait débarqué de son pays natal il y a quelques mois. Sur les 340 S dollars (166 euros) que lui payait son employeur chaque mois, 320 (156 euros) allaient à l’agence pour le remboursement de son billet d’avion. 20 S dollars (environ 10 euros) par mois, cela ne fait pas très lourd comme salaire…Je commence à comprendre pourquoi on demande aux employeurs de payer le dentifrice et la brosse à dents de leurs maids.

Elle avait l’air d’une petite chose timide et apeurée. Les Français me disent qu’elle a perdu ses parents dans un accident de voiture il y a deux ans. Qu’ils lui permettent d’appeler de temps en temps une de ses soeurs restée aux Philippines (”l’autre jour elle m’a dit avoir rêvé que sa mère lui caressait les cheveux”, me dit Madame…).

En entendant toutes ces horreurs, mon sang ne fait qu’un tour: “sachons faire preuve, à l’aproche de Noël, d’un peu de générosité (et aussi cela m’évitera 50′000 autres démarches dans tous les sens), engageons cette Philippine, surtout qu’elle a l’air d’aimer les enfants - la preuve, à peine elle a passé le seuil de ma porte, que je lui ai refilé le bébé à la couche pleine et elle est allée le changer - et tout le monde sera soulagé“.

Monsieur le Chef qui m’avait téléphoné avait l’air du Business Man par excellence. Le Chef d’entreprise dans toute sa splendeur, celui à qui on ne la fait pas, qui est venu s’installer à Singapour avec toute sa smala et monter sa boîte tout seul comme un grand “Vous voyez, nous ne vivons pas comme ces Expats qui ont des packages* hallucinants et sont dorlotés par leur entreprise. Nous, on vit plus comme des locaux.” Lui, c’est aussi le genre pragmatique “il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions”. Tiens, cela me rappelle quelqu’un….Malgré cela si j’ose dire, ce couple avait l’air sympa.

On s’est mis d’accord sur la marche à suivre pour que le contrat entre la Phlippine et la famille française soit transféré à mon nom et on s’est quitté bons amis (il faut savoir que dans le monde de l’expatriation, ce n’est pas comme en Europe. On se voit une fois et on est bons amis! C’est peut-être difficile à comprendre pour les personnes qui vivent dans leur environnement, mais à l’étranger on est obligé de nouer des contacts facilement si on ne veut pas rester seul dans son coin). Nous avions convenu que la maid (qui allait être logée “à l’agence” dès le soir même – il semble que chaque agence dispose de dortoirs pour loger les maids en attente d’un employeur) revienne me voir le samedi matin pour faire connaissance de Super Mari.

Puis, plus rien. Je commençais vaguement à m’inquiéter. Deux jours après, le téléphone sonne. C’était la dame française qui m’apprenait que leur pauvre petite Philippine était repartie dans son pays, dégoûtée de cette première expérience comme domestique à Singapour.

Je me retrouve à la case départ.

A l’entrée de mon immeuble, je vois alors une petite annonce proposant les services d’une maid, Ruby. L’annonce a été mise par une Canadienne habitant “mon” condominium et qui a employé Ruby pendant huit mois. La Canadienne et son mari (suisse romand, le monde est petit) quittent Singapour et vont s’installer à Sydney.

Premier contact téléphonique: “Ruby est une perle, elle est discrète et tout et tout. Elle va à l’Eglise tous les dimanches et fait partie du choeur de sa paroisse. Sa mère habite Singapour et la meilleure amie de sa mère travaille dans “notre” condominium. Elle aime beaucoup les bébés et a toujours insisté (sans succès apparemment) pour que mon mari et moi ayions des enfants dont elle aurait pu s’occuper. C’est une fille éduquée, elle parle bien l’anglais et était manager dans une usine aux Philippines. Elle tient le budget du ménage sur des fichiers excel et fait des plannings hebdomadaires sur l’ordinateur avec les recettes de cuisine”. Moi: “Manager?? impressionnnant, effectivement. Mais elle doit un peu s’ennuyer maintenant, non? Quel âge a-t-elle?” “22 ans”. Moi “oh mais c’est jeune, ça…On m’a déconseillé de prendre quelqu’un d’aussi jeune!”. Et là, je suis scotchée par la réponse de la Canadienne “But Ruby is a serious girl, she would never have s.x before marriage”.

Premier rendez-vous le lendemain dans l’appartement de la Canadienne. Ruby parle effectivement bien anglais. Voir dans quel cadre elle travaille me fout le bourdon (alors qu’il doit évidemment y avoir bien pire). Sa chambre est minuscule, à peine la place pour un fauteuil-lit (même concept que le canapé-lit, mais pour une personne), un petit tabouret et une mini-étagère cachée par un rideau. Un poster d’un curé philippin est accroché au mur et une Bible est posée sur le fauteuil.

Ouh la la, je me vois pas avec elle chez moi. Le courant ne passe pas. En plus le courant ne passe pas trop avec la Canadienne non plus. Elle me met sous pression, insiste pour me faire visiter son appartement rempli de souvenirs de voyage en m’indiquant tout ce qui était à vendre (en prévision de son déménagement). Les prix sont exhorbitants:  400 S dollars (195 euros) pour une chaise chinoise, 400 S dollars (195 euros) pour un cadre de fenêtre octogonal chinois, 600 S dollars (293 euros) pour une calligraphie même pas encadrée.

Quand elle se souvient que j’arrive de Pékin, elle ose me dire “Ah, but you are probably not interested as you know how much these things cost in China!”. Oui, dix pour cent de tes prix, vieille voleuse!

Elle insiste aussi pour que j’achète tout le mobilier IKEA qu’elle avait mis à disposition de Ruby dans la chambre minuscule. Elle me dit que Ruby a choisi ses meubles elle-même, qu’elle s’y sent bien et qu’elle aimerait donc bien les vendre au futur employeur de Ruby.

Quand je l’appelerai pour dire que finalement je n’engagerai pas sa protégée, elle essaie à nouveau de me convaincre d’acheter le mobilier de la petite chambre. Et propose que je lui fasse une offre si jamais ses prix me semblent trop chers.

Ayant horreur qu’on me force la main, j’ai décliné et préféré aller chez IKEA acheter du neuf!

Question Philippines, après ces deux tentatives infructueuses, je me retrouvai le bec dans l’eau.

* les fameux packages sont l’ensemble des avantages octroyés à l’expatrié par son employeur, en plus de son salaire: ce peut être le loyer qui sera payé directement et dans son entier par l’employeur (ou une allocation fixe pour payer le loyer), les assurances maladie, un retour en avion par an pour tous les membres de la famille, tout ou partie des frais d’écolage des enfants, etc. Il y a des entreprises où une somme est même octroyée chaque année pour les R&R (”Rest and Recreation”) des employés expatriés- les loisirs et les vacances! Ceci dit, il y a ces dernières années une tendance à réduire les avantages octroyés. Voir à ce sujet http://www.expatsingapore.com/getting/expatpak.shtml

 


2 Responses to “Elle est très docile”

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  1. Dec29

    David

    Said this at 6:46pm:

    Quelle aventure ! :D

  2. Jan22

    Exhausted in Singapore » Blog Archive » A l’agence des Philippines

    Said this at 10:43pm:

    [...] Ma tentative d’économiser de l’argent en dénichant moi-même une Philippine s’étant soldée par un lamentable échec (voir post du 14 décembre 2006 http://laurence.todayinchina.com/?p=92), je me suis rendue dans une agence spécialisée dans le recrutement de personnel de maison d’origine philippine. [...]

 

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