Le code a changé et Je l’aimais
Quand on habite où j’habite et quand on a la vie que j’ai, il faut se lever tôt pour pouvoir aller au cinéma.
Je peux dire que de ce point de vue-là, je regrette Singapour et toutes les séances ciné que je m’offrais en pleine journée…
Mais bon, c’est ainsi. Il n’y a pas de cinéma à Oberursel, et même à Francfort, les films non allemands sont quasiment toujours projetés en version doublée.
Mais mais mais, il y a un tout petit cinéma dans une ville voisine qui de temps en temps organise des projections de films en v.o.. La chose est si confidentielle qu’il faut presque montrer patte blanche à la caisse du cinéma. Les deux fois j’ai eu droit à un interrogatoire: “Vous reçevez notre newsletter?“. Moi: “Euh, non!”. “Mais alors, comment étiez-vous au courant de la séance de ce soir?“.
Je passerai vite sur les petits problèmes de conduite qui ont ajouté un peu de piment à ces soirées cinéma en solo…Pour le premier film, c’est la première fois que je prenais l’autoroute de nuit….Grosse autoroute allemande à 4 voies, sans limitation de vitesse, les gens qui roulent à toute allure…Je crois que je n’ai jamais été aussi concentrée de ma vie. De la pure folie.
La deuxième fois, j’avais un sale pressentiment…C’était plusieurs mois après, mais j’avais encore les souvenirs de ce retour en pleine nuit traumatisant…Mais enfin, je n’avais pas pas envie de me priver du bonheur d’aller au cinéma juste par superstition…Donc j’y suis allée, et ne trouvant pas de place aux alentours du cinéma, je suis allée me parquer sur un espèce de parking très sombre et réservé la journée aux clients d’une banque…et me suis pris un poteau. Poignée de porte arrachée, aile de la voiture complètement abîmée (vient d’être remplacée d’ailleurs)………..Mieux vaut ça qu’un vrai accident, me direz-vous, mais la honte quand même.
Qu’est-ce que je n’aurais pas fait pour Patrick Bruel et Daniel Auteuil?!
J’ai donc vu, quelques années après vous sans doute, “Le code a changé“, de Danielle Thomson et “Je l’aimais” de Zabou Breitman.
Le code a changé: Si vous l’avez manqué au cinéma, ne vous inquiétez pas! Une diffusion à la télé conviendra très bien. Un dîner en ville chez une ambitieuse avocate (Karin Viard) et son mari chômeur dépressif (Dany Boon)…Leurs invités, très parisiens: un cancérologue imbus de lui-même (Patrick Bruel) et sa femme gynécologue (Marina Foïs) qui le trompe avec un jockey, un avocat suffisant et cynique (Christopher Thompson, fils de la réalisatrice et coscénariste), et son épouse décorative (Emmanuelle Seigner), ainsi que la soeur de l’hôtesse, technicienne de cinéma (Marina Hands), et son amant acteur, nettement plus âgé (Patrick Chesnais).
Ce film se laisse voir (si on a envie de s’imprégner pendant une heure et demi d’un certain parisianisme), mais sans plus. Si vous voulez lire ce qu’en pense un journaliste de la BBC, allez là.
Je l’aimais: Je m’en souviendrai longtemps comme étant “le film pour lequel j’ai sacrifié une portière de voiture”, mais même sans ça, je m’en serais souvenue longtemps….
“Je l’aimais” est l’adaptation du roman homonyme d’Anna Gavalda*, écrivain également connu pour son ouvrage “Ensemble, c’est tout publié” en 2004, et qui, lui aussi, a connu les honneurs d’une transposition à l’écran grâce à Claude Berri en 2007.
Chloé (Florence Loiret-Caille), mère de deux petites filles, se fait plaquer par son mari. Le père du mari volage (Daniel Auteuil) emmène sa belle-fille à la campagne pour l’aider à récupérer et tenter de la consoler. Il lui confie ses amours passées avec Mathilde (Marie-Josée Croze), femme qu’il a passionnément aimée mais qu’il a laissé partir par lâcheté. Lui qui n’a pas osé quitter sa femme, pense que Chloé n’était peut-être pas “si bien aimée que ça” par son mari, et que cette rupture est une chance pour elle.
Je commence par ce que je n’ai pas aimé: le jeu (ou le rôle) de Florence Loiret-Caille** en femme quittée et dépressive. On a de la peine à compatir, on ne la croit pas quand elle s’énerve…Elle ne fait rien que de pleurnicher et manque de substance!
Sinon, je n’ai pas aimé les lourds clins d’oeil à “In the mood for love” de Wong Kar-Wai (qui est un de mes films fétiches, alors pas touche!!)…Le couple qui déambule dans Hong Kong, la musique lancinante…Autant j’ai aimé Auteil et Croze dans ce film, autant il ne fallait pas essayer de les transformer, même pour l’esthétique de quelques plans, en Tony Leung et Maggie Cheung!
Sinon, j’ai tout aimé. Je me suis laissée prendre par l’histoire d’amour entre Pierre et Mathilde et ai adoré l’interprétation des acteurs. Marie-Josée Croze est extraordinaire, elle a un truc en plus que je n’arrive pas à définir. Une grâce, une singularité qui lui vient peut-être de ses origines canadiennes?
Un vrai beau mélo qui plaira à toutes les âmes sensibles!!
N.B. Patrice Leconte vient d’adapter à Paris le roman “Je l’aimais” au théâtre.
* N’ayant vraiment pas aimé “Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part“, j’avais envie d’en rester à l’avis de Eric Zemmour: “Ce n’est pas parce que tout le monde aime Gavalda que c’est de la bonne littérature! C’est mièvre, un point c’est tout!” (je cite de mémoire, cela ne doit pas être tout-à-fait ça, mais le sens y est!). Mais il faut reconnaître que les transpositions au cinéma de deux de ses romans ont été des réussites…Et je crois que je donnerai une deuxième chance à l’écrivain en lisant “L’Echappée belle”. Mais j’ai peur de préférer les thèmes qu’elle traite à son style d’écriture.
** L’actrice a néanmoins été nommée pour le César du meilleur espoir féminin pour ce rôle…Elle n’a pas remporté la statuette!